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J’ai mis mon Coeur entre tes Mains

De Tristan et Yseut à Majnoun et Laylâ

Spectacle musical et théâtral
alliant L’Escarboucle (musiques médiévales) et le trio de musiciens Afghans Hérawi

Conception et direction artistique : Carine Moretton

Mise en scène : Yann Goossens
Arrangement des textes : Yann Goossens – Marion Jamet – Hélène Sir – Senior
Laylâ : Hélène Sir-Senior
Yseut : Marion Jamet

Musique médiévale : Compagnie de l’Escarboucle
Flûtes à bec et cornemuses : Carine Moretton
Chant et chalemies : Élise Schmitt
Percussions : Maxime fiorani

Musique d’Afghanistan : Trio Hérawi
Chant, santur, harmonium et tablas : Wahid Hamad Herawi
Sindhi-Sarangui, herati Dutâr, flûtes doubles afghoza : Fady Zakar
Rebab : Wahid Del Ahang
Conception Lumières : Bastien Gérard

 

La passion absolue en Orient et en Occident : deux mythes étrangement proches et d’une beauté millénaire

L’Escarboucle tisse entre théâtre et musique les liens insoupçonnés qui unissent deux couples d’amants célèbres entre tous : Majnoun et Laylâ dont la légende s’est chantée dans l’Arabie et la Perse dès le VIIème siècle, et le chef d’oeuvre de l’Occident médiéval, Tristan et Yseut qui initia une extraordinaire floraison littéraire et artistique dans toute l’Europe.

En parallèle dans les deux régions se développent musiques et chants, poèmes et romans. Autour des deux comédiennes, qui incarnent Laylâ et Yseut, la rencontre de l’Escarboucle et du trio de musiciens Afghans fait vibrer Perse et Europe médiévales à l’unisson.

Ce dialogue imaginaire fait raisonner l’universalité de l’amour au travers de paroles qui ne racontent pas l’histoire, mais où l’histoire se dit elle-même.

Yseut et Laylâ, deux femmes dans un monde d’hommes : Une mise en scène à fort parti-pris

Autour d’une trame littéraire qui unit les textes des deux légendes, les comédiennes incarnent Laylâ et Iseut, tour à tour jouant leur histoire ou déclamant leur souffrance.

La parole est donnée aux femmes et c’est à travers leurs yeux que nous découvrons une vision moderne et libérale du sentiment amoureux. Déterminées à s’aff ranchir des codes sociaux qui les emprisonnent, éprouvant maintes fois la peur d’être prises, elles inventent mille stratagèmes pour se libérer de la règle masculine omniprésente. Les situations s’enchaînent, contrastées et intenses : la colère face à l’injustice, le charme et la fourberie pour tromper la surveillance des bourreaux, l’exil, la détermination, la fragilité, la folie, l’espoir, la peur, la vie, la mort...

Tout de blanc vêtus, les musiciens sont assis dans la sobre et noble position du tailleurs, formant un arc de cercle sur les tapis persans au centre de la scène. Les deux comédiennes, de part et d’autre des musiciens, sont parées des costumes flamboyants qui siéent à une reine médiévale et à une princesse d’Orient. Dialogues, épîtres, mimes, poèmes, chants et musiques nous aff ranchissent du temps et de l’espace, si hautes qu’en soient les montagnes, à travers cette simple et fraîche célébration de la nature et des hommes qui savent encore la regarder.

La rencontre, fil conducteur du spectacle

Depuis la rencontre des amants, leur coup de foudre et leur découverte de l’être aimé, jusqu’à la rencontre, aujourd’hui, des musiciens et comédiens français et afghans, le spectacle unit, confronte, assemble, compare, mélange.

Des deux mythes, de ces deux univers apparemment isolés l’un de l’autre, tant par l’aspect linguistique que culturel et même religieux, l’Escarboucle tire l’essence, qui est un même goût de l’amour idéal. Ainsi, musiciens français et afghans chantent cet amour idéal au travers de musiques étonnamment proches.

En chantant ces légendes, les troubadours faisaient entendre le doux murmure d’un coeur d’amour épris : ainsi, la musique encontre le théâtre et s’y associe pour nous faire revivre les raffi nements des cours brillantes où résonnaient ces poèmes musicaux.

De cette rencontre découle un univers sonore inouï : Par un instrumentarium étonnamment semblable et des modes de jeux issus de la tradition orale, les musiciens Afghans mêlent leurs talents et leurs timbres au répertoire médiéval des musiciens de l’Escarboucle. Le chant en français médiéval de Jessie Nguenang répond aux échos de la voix persane Wahid Herawi. Le luth médiéval se refl ète dans le rebab Afghan, la vièle à archet rappelle le saranghi, les fl ûtes rencontrent leurs homologues persanes, le tympanon se fait santour.

Une réelle complémentarité s’installe dans l’entrelacs des pièces médiévales et afghanes; et loin de toute tentative de ré-interprétation des musiques médiévales, l’Escarboucle cherche avant tout à s’enrichir par la découverte de langages musicaux, pour que les artistes puissent s’abreuver à l’inspiration du croisement des cultures, là où la rencontre se fait source.

Mais cet amour idéal a un prix. C’est un destin inexorable qui lie les deux couples et les mène vers une mort certaine. Ces amours à contre-courant, à contre-code sont emprunts d’étrangeté et de nouveauté : ils s’agit d’un amour dressé contre toutes les lois, un amour absolu qui justifi e tout au nom de lui-même, fût-ce contre le corps social et contre Dieu lui-même. Les amants sont bannis, exclus. La douleur de l’exil et l’impossibilité de vivre dans un monde qui les rejette mènera Majnoun et Tristan à la folie et à la mort. Mais cette folie d’aimer seule leur permettra d’atteindre dans la mort leur idéal: la liberté, la perfection, en un mot, l’éternité.

La Musique et l’Afghanistan : Libertés, traditions

On sait le passé diffi cile de l’Afghanistan, pays ravagé culturellement par le régime Taliban. Jusqu’en 2002, la musique, le théâtre et la danse étaient interdits. Les musiciens, menacés d’emprisonnement (ou pire) ont dû fuir le pays, ou abandonné leur art. Malgré ces années de terreur, ils ont su préserver leurs connaissances des traditions musicales afghanes. Cachés, au risque de leur vie, ils ont transmis et fait perdurer cette musique millénaire.

La littérature, et a fortiori la poésie amoureuse, a également été bannie. L’éducation, réservée aux garçons, a été orientée majoritairement vers la religion. Les femmes, privées d’éducation, et de tout autre liberté, ont perdu tout rôle social véritable.

Même si le régime Taliban est aujourd’hui offi ciellement banni, faire revivre les musiques et poésie de Laylâ et Majnoun n’est toujours pas anodin. Cela reste un acte militant, porteur d’un message fort. Jouer un spectacle avec des femmes comédiennes et musiciennes implique un esprit de résistance et d’affi rmation de valeurs civiques et éthiques de la part des musiciens du trio Hérawi.

Les sources

Sources musicales
Lais du manuscrit du «Tristan en prose», cote 2542, Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne.
Lai du Chèvrefeuille, «Chansonnier de Noailles», cote 12615, Bibliothèque Nationale de France, Pris
Lamento di Tristano et rota, cote Add. 29987, British Library, Londres
Nel mio parlar, Giaccopo da Bologna
Adiu, adiu, douce dame jolie, Francesco Landini
Dansa amorosa, anonyme,
Douce dame jolie, Guillaume de Machaut
Sources littéraires et bibliographie
Pour Laylâ et Majnoun :

«Laylâ wa Majnoun» de Djami (Afghanistan, 14ème siècle) dans une traduction de A. L. Chezy (1807).
«Diwan Majnoun e Laylâ» d’Ahmad Farrâj, dans une traduction de André Miquel (Majnûn, le Fou de Laylâ – Editions Sindbad-Actes Sud – 2003)
«Deux histoires d’amour, de Majnûn à Tristan», André Miquel ( Editions Odile JAcob –1996)

Pour Tristan et Yseut :
«Le roman de Tristan» de Béroul, et «Le roman de Tristan» de Th omas, dans une traduction de P.H. Walter (Lettres Gothique – Editions Le Livre de Poche – 1989)
«Tristan» d’Eilhart d’Oberg, dans une traduction de (Editions La Pléiade)
«Tristan et Isolde», de Gottfried de Strasbourg, dans une traduction de (Editions La Pléiade)
Taslima Nasreen : «Femmes, poèmes d'amour et de combat» (Editions Librio)
Anne Sylvestre : «Une sorcière comme les autres» (Extrait de Chansons daujourdhui, Editions Pierre Seghers)
 

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